Intro relou mais nécessaire (z'êtes pas obligé de la lire) :
Nous, on a découvert la Mosko au début d'l'été 98. Comme ça, par hasard, ou presque... Par les Varans, qu'on est allés interviewer à domicile, là-bas, justement. Et donc on débarque un beau jour de coupe du monde pour venir poser des questions à ces reptiles, directement dans leur antre, la Moskowa. C'est d'abord une p'tite rue, couverte de tags et de rayons de soleil, avec sur un de ses côtés un terrain vague et -juste en face- l'endroit en question. C'est à dire la maison avec son p'tit jardin et son estrade pleine de chaises et de gens dessus, et à côté un immeuble avec plein de p'tits apparts. L'ambiance nous a paru des meilleures, et on s'était promis d'y rev'nir. On est rev'nus, effectivement... et *PAF*, juste au moment où les Zavattistes arrivent avec leurs valises, sur le point de sy installer définitivement (!), on apprend que la Mosko ne dispose que dun court sursis avant de rejoindre le cimetière des squatts disparus. Tout le monde déménage sans trop broncher et les Zavattistes en colère se disent que non, merde, ya pas moyen que ça sarrête comme ça alors quy sest passé tellement de choses intéressantes là ddans. Alors rebelote, on fait un tour à la Mosko pour forcer les quelques habitants présents à nous raconter en détails lhistoire du lieu avec force commentaires et anecdotes et ça a donné ce qui suit.
Vous étiez où avant la
Mosko ?
Jérôme : Hében moi j'étais juste à côté, un peu plus
haut que chez ED (ce qui vas vachement intéresser les gens) qui
se trouve pas loin... Ici c'est un p'tit quartier - c'était un
p'tit quartier. On peut faire un rond, quoi, et puis voilà,
c'est plusieurs rues dans un rond, comme si on coupait un fromage
à l'horizontale... C'est nul ça hein ? (rires) Tu vois, au lieu
de faire des tranches, les rues sont comme si on coupait le
fromage de long en large... Enfin, ni long ni large dans un
fromage...
Daniel : Dans le sens du diamètre !
Jérôme : Voilà.
Et toi Daniel t'étais où ?
Daniel : Moi j'étais vers Marx Dormoy, c'est une station de
métro vers Porte de la Chapelle.
Jérôme : C'est à 1 km d'ici...
Et votre situation
professionnelle à l'époque ?
Daniel : Je travaillais dans le doublage de films.
T'as doublé qui ?
Daniel : Je ne doublais pas, je faisais du son dans le
doublage. Pour des dessins animés, des trucs télé, des trucs
cinéma... "Do the right thing", de Spike Lee... J'ai
arrêté vers Juillet 91 où j'me suis barré au Mexique pour
faire un documentaire sur l'éclipse du Soleil, pour Canal +,
après, le deuxième semestre 91 j'ai commencé à fréquenter
des squatts, Dubail, les Récollets...
Comment ça se fait ?
(Jérôme se marre)
Daniel : A travers la musique. Bernadette Soubiroux et Ses
Apparitions, des trucs comme ça... En fait y'avait des concerts
à droite à gauche dans les squatts donc j'y allait, et puis
j'ai commencé à m'intéresser à tout ça...
Jérôme : T'as jamais vécu une existence pépère non plus,
hein, fonctionnaire...
Et toi ?
Jérôme : Moi je l'ai fait, ouais. Métro-Boulot-Dodo j'ai
fait pendant longtemps. Je travaillais dans l'imprimerie. J'avais
quand même un peu le même état d'esprit dans le sens où je
restais vraiment rarement plus de 6 mois dans une taule, quoi.
J'aime pas les patrons. Enfin c'est pas que j'aime pas les
patrons mais j'aime pas les mecs qui se la pètent.
C'est à cette époque là
que t'as écrit Chefton ?
Jérôme : Ouais. C'est un de mes patrons (rires).
Et vous viviez où, en appart
?
Jérôme : Moi ouais, ça fait longtemps que chuis dans le
XVIIIème en fait, hein, ça fait plus de 15 ans maintenant...
J'ai habité longtemps à Château Rouge, vers Barbès...
Daniel : T'as fait les Abbesses aussi un p'tit peu...
Jérôme : J'ai pris un appart après aux Abbesses. J'ai fait 7
ans à Château Rouge, deux ans et demi ou trois ans aux
Abbesses, deux ans à côté de chez ED, et après j'ai
débarqué là pendant... Ca fait quoi, de 92 à ici ça fait 6
ans ici.
Explique-nous comment t'en es
arrivé à venir ici...
Jérôme : Nan.
Tu veux pas ?
Jérôme : Nan.
Absolument pas ?
Jérôme : Euh... Si, c'est facile, comme j'étais avec une
meuf qu'avait des gamines, et qu'on amenait les gamines à
l'école qu'est juste en face d'ici, on en est venus à
fréquenter les gens qui sont là juste à côté, qui vont être
les futurs propriétaires de l'endroit d'où on vient d'être
expulsés, voilà. Comme ça quoi, on se voyait le soir, et puis
on a fini par boire des coups ensemble, discuter, commencer à
monter des p'tites fêtes ensemble, etc...
Et c'est qui ces gens ?
Jérôme : C'est les proprios ! (rires) C'est des gens, ils
ont pris un appartement ici à une époque où ils croyaient que
ça allait être le paradis pour eux et ça l'était
effectivement, le problème c'est que et d'une ils se sont fait
gruger par les vendeurs parce qu'ils savaient pas que ça allait
être détruit, on leur a pas dit, et de deux ils se sont
retrouvés avec une bande de squatters dans la maison d'à
côté, quoi.
Vous étiez amis avec eux ?
Jérôme : Au départ ouais, avant d'habiter ici ouais. Et
après ça s'est dégradé.
Et maintenant ?
Jérôme : Et maintenant c'est nada, néant. C'est même pas
la guéguerre, c'est on s'est fait expulsés, ça vient d'eux
quoi.
Ils se sont arrangés pour
que vous vous fassiez expulser ?
Jérôme : Ben, ils se portent acquéreurs de l'endroit, donc
à la limite ils réagissent en propriétaires...
Et ils vont en faire quoi eux
?
Jérôme : Ils vont y vivre ! Attends, c'est un p'tit paradis
ce truc quand même. A Paris...
Daniel : ...une petite ruelle pavée...
Et eux c'est plutôt du genre
métro boulot dodo ?
Jérôme : Non, pas du tout en plus. C'est simplement qu'on
leur a pas mal pourri la vie, au niveau sonore... C'est à dire
que nous, quand on a réussi à envahir les lieux de l'autre
côté, on a vite fait de monter un studio et de faire de la
musique, et on a insonorisé du mieux qu'on a pu avec les
non-moyens qu'on avait, et ça passait chez lui, quoi. Et donc
depuis 6 ans il entend de la musique quasiment jour et nuit,
qu'il a pas forcément choisi de mettre... Plutôt nuit même.
Daniel : Y'a eu beaucoup plus de journées où on s'arrêtait à
9 heures parce qu'on l'avait décidé, quand même...
Et toi Loran t'étais où
avant la Mosko ?
Loran : Avant la Mosko, je faisais pareil qu'ici. Je
squattais à droite à gauche, en fait moi j'habitais chez ma
copine. A chaque fois. Et j'me suis retrouvé à la rue parce que
j'avais largué ma copine... Avant d'arriver ici j'ai passé un
mois à dormir à la caravane, à Montreuil.
Daniel : Un peu parasite... (rires) "J'vais dormir chez vous
les gars ?"
Et t'as jamais eu une
situation stable ?
Loran : Stable ? Si. J'ai été en BEP, ensuite j'me suis
cassé, pendant 3 ans j'ai fait un peu le clochard, et après
j'ai commencé à bosser, gagner de la thune, prendre un
appart... Et après à chaque fois c'était une histoire de coup.
A chaque fois que j'ai largué mon appart c'est parce que je
larguais ma copine.
Et à chaque fois c'était la
fille qui gardait l'appart ?
Loran : Non, justement la première c'était vraiment mon
appart, et la meuf habitait dedans, et puis histoire de casser
vraiment, j'ai dit que je dégageais, et comme elle avait pas les
moyens de payer cet appart elle a fait comme moi, et après j'ai
tout le temps habité chez une copine.
A quelle date vous avez
emménagés ici ?
Daniel : Février 92.
Avec une petite phrase pour
que ça fasse mieux sur internet...
Daniel : Avec une petite phrase, Février 92.
Ok, on modifiera un peu ton
texte. Et toi ?
Jérôme : Février 92, j'peux même dire le 18 Février 92.
Et y'avait déjà du monde
qui squattait par ici ?
Jérôme : Y'avait ma... ma meuf. (rires)
Et t'as largué celle qui
avait des gamins ?
Jérôme : Ouais, chuis parti.
Loran : Donc encore un qui habite chez sa meuf, quoi.
Jérôme : Qui habitait ! J'ai débarqué ici, j'ai demandé une
piaule, et c'est bien après que... 3 ans après.
Ah ben vous vous êtes bien
cherchés...
Jérôme : Non, non...
Daniel : Non, elle s'est cassée tout de suite, elle est
revenue...
Jérôme : J'puais des pieds.
Ok... On comprend rien.
Jérôme : J'ai débarqué là, j'ai demandé au proprio
qu'est en bas de me passer la piaule du premier étage, qu'il
squattait lui même, j'lui ai refilé ma meuf au passage (que je
venais de quitter la veille)...
Le propriétaire légal est
avec ton ancienne meuf ?
Jérôme : Il a été avec ma meuf... (rires) D'ailleurs j'me
demande QUI n'a pas été avec elle...
(brouhaha incompréhensible)
Toi, Daniel ?
Daniel : Heu... ouais.
Donc t'as élevé les mômes
de Jérôme ?
Jérôme : C'étaient pas mes mômes ! Quand je l'ai
rencontrée elle avait déjà deux mômes... En gros moi j'ai
débarqué là, y'avait mon frangin qu'était là depuis un mois,
j'ai demandé à Louis de me passer la piaule du premier, j'lui
ai dit que j'en avait pour un mois, j'attendais mon chômage, et
puis ben... chuis resté ! (rires)
Daniel : En deux-trois mois (fin 91 début 92) y'a eu un arrivage
massif... Y'a Jérôme et Florent qui sont arrivés, les deux
frangins, moi c'est Jeff qu'habitait dans la maison qui m'a
amené ici, Myriam était là, y'a une fille qui s'appelle Sylvie
aussi qu'est venue... Donc on s'est retrouvés, ce printemps 92,
à 5 ou 6. Et on s'est connus, et on a monté le truc un peu
collectif, avant ça existait pas ici.
Jérôme : Avant c'était chacun dans sa piaule. Ca a mis du
temps, avant on étaient tous dans les piaules de l'immeuble là,
parce que ma meuf et son mec à l'époque ils se la coulaient
bourgeois, squatters, toute la baraque et tout le jardin pour
eux. Bon le proprio c'est normal, il l'a acheté sa baraque et le
jardin, c'était normal qu'il en jouisse. Mais bon, nous on
était comme dans des clapiers à lapins, là-haut, chacun dans
des petites piaules, comme ça... on a commencé à gueuler sur
ceux du bout là-bas, qui squattaient autant que nous mais qui
jouissaient comme des bons p'tits bourgeois d'un bel espace, dont
ils ne foutaient rien du tout...
Daniel : La maison, quoi. Et ils étaient deux, hein...
Rez-de-chaussée, premier étage, cave et jardin, à deux...
Jérôme : On a commencé à envahir le jardin, avec les
guitares, et tout, tous les soirs...
Daniel : Avec le printemps qu'arrivait... On faisait
connaissance... C'est à cette époque le Bout du Monde, tout
ça...
Jérôme : On leur a pourri la vie...
Le Bout du Monde, déjà ?
Daniel : Ben oui...
Tu l'as écrite quand
Jérôme ?
Jérôme : Ici je crois.
Daniel : Au mois de mai 92 je connaissais bien 15 de tes
chansons...
Donc elle était déjà
écrite...
Jérôme : Ouais mais avant moi je jouais avec d'autres...
Daniel : Y'avait les Malaxés...
Jérôme : Avant j'étais avec les Malaxés ouais.
Daniel : ANECDOTE ! Janvier 92, on se connaissait pas hein...
J'étais avec mon pote Jeff, qui faisait de la caméra à
l'époque, et on était au New Moon, Jeff il avait pas envie de
filmer ce soir là, il m'a dit "tiens, va filmer les
groupes", et le dernier groupe que j'ai filmé c'était les
Malaxés. C'était donc Jérôme, au chant, Florent à la
batterie, Katsy (??) qu'habitait là, à la basse, Natacha (donc
la fameuse Natacha) aux coeurs... Et donc, sans les connaître,
déjà je filmais ce groupe mythique (rires).
Jérôme : On s'est barrés au bout de deux morceaux, on était
trop mauvais.
Daniel : Ca s'arrêtait tous les trois morceaux, les choeurs se
barraient derrière, c'était super.
T'avais déjà des chansons
que tu chantes maintenant avec les Varans ?
Jérôme : Ouais, Mourir à la plage, Le Bout du Monde,
Quelle Salope... Non c'qui s'est passé c'est qu'on a commencé
vraiment à leur pourrir la vie là-bas à ma femme et à son mec
de l'époque, et à la fin son mec de l'époque et ma nana, ils
ont commencé à se pourrir la vie entre eux et pis ben voilà,
ils se sont séparés et pis là j'lui ai sauté dessus. (rires)
Et t'avais déjà des vues
sur elle ?
Jérôme : Ouais, quand même, ouais...
Daniel : Des regards au moins...
Jérôme : Des regards, heu... poétiques, ouais.
Loran : Disons qu'elle avait une maison, quoi. (rires)
Jérôme : Voilà, elle avait une maison. On est restés un mois
ensemble là-haut, on s'est bien fendus la gueule... Y'a eu la
fête... Heu c'était laquelle, la Martienne ?
Daniel : Non, la première fête, 5 Juillet 92...
Y'avait qui ?
Daniel : Ben on avait organisé simplement le son, et les
groupes... et eux ils s'étaient occupé de tout le reste. Donc
Natacha avait trouvé les groupes... Et c'était dans la rue.
Jérôme : Ouais, en face.
Daniel : Je m'rappelle surtout de celle d'après, Janvier 93.
Jérôme : Donc on continue, je reste un mois avec ma meuf, là
d'dans, et elle se barre en vacances, elle me téléphone et elle
me largue parce qu'elle est avec un autre mec. J'lui dit
"D'accord mais on garde la maison.". (rires) C'est vrai
ça s'est passé comme ça, (à Daniel) tu t'rappelles, chuis
sorti, j'ai gueulé "On a la maison, on a la maison
!!". Le mec triste à mort ! Et du coup, ben on a investi la
baraque. On a commencé le studio, etc...
Quand est-ce que vous avez
commencé à connaître des problèmes ?
Jérôme : Ben depuis toujours... Louis le premier, on était
pas là qu'il avait déjà fait reculer les bulldozers dans la
rue à coups de code civil...
Daniel : Les difficultés de quartier elles existent depuis 40
ans !
Et les bulldozers ils veulent
tout rénover ?
Jérôme : Les bulldozers à l'époque ils voulaient tout
casser, ouais... Mais sans justifications juridiques, etc... et
comme lui il s'est penché sur le cas parce qu'il s'est fait
entuber en achetant son appart...
Daniel : Si tu veux il a acheté son appart et 3 mois après la
mairie est venue, a dit "mais non, y'avait un droit de
préemption sur votre maison, donc on vous la rachète." 4
fois moins cher. Alors au bout de 6 mois, il était pas très
content, et comme il était assez branché avec des journalistes,
avec les écolos verts, il les a mis sur le coup, et pour faire
chier un peu le quartier, la première chose qu'il ait faite
c'est d'ouvrir avec les verts la petite maison, le 16 rue Bonnet,
qu'était murée. Petite anecdote : c'est la première opération
de démurage d'un parti politique. Et après, les verts se sont
installés ici pour faire leurs réunions bimensuelles...
Et ça c'était avant le
squatt ?
Daniel : C'était fermé. Donc les verts ont ouvert (!) avec
la télé, FR3, les journalistes, les élus, etc... Tu vois,
semi-politique, semi-médiatique. Ils ont ouvert cette baraque,
et ils ont décidé de faire leurs réunions tous les 15 jours
là, et ils ont commencé à laisser des gens habiter dedans.
Donc dans le cercle des verts ils avaient une nana qui s'appelait
Agnès, et puis ça a été la première habitante.
A quelle époque ?
Daniel : C'était vers 89-90 ça...
Donc c'est le parti politique
des verts qui...
Daniel : Oui oui, c'est les verts qu'ont ouvert ça.
Jérôme : Avec Louis, le proprio.
Daniel : Il a fait tout ce ramdam, comme ça, il a calmé tout le
quartier : la mairie, les institutions...
Et alors les gens qui se sont installés, parce qu'à l'époque
y'avait pas d'eau, pas d'électricité, ils restaient quelques
mois alors Agnès elle l'a refilé à machin, machin l'a refilé
à bidule, etc... C'était que des individus, y'avait pas de
collectif encore. A part les réunions des verts. Et puis un jour
y'a un mec qui s'appelle Manu, qu'est peintre, qu'est venu et à
qui on l'a refilé pareil, et c'est Manu qu'a donné l'appart à
Myriam.
Il a été avec Myriam lui ?
Jérôme : Oui, oui, mais c'est un bon pote, ça va. (rires)
Myriam c'est...
Jérôme : C'est ma meuf.
Loran : Ca tourne vachement autour des filles, à la Mosko.
Daniel : Donc voilà, Myriam elle s'est installée là, après
elle est sortie avec un mec qui s'appelle Jeff, que moi je
connaissais.
Jérôme : Ca a vraiment démarré quand on a commencé à foutre
le bordel...
Daniel : Depuis les écolos jusqu'à Jeff et Mimi, c'est que des
personnes individuelles qui prennent le truc. Pas de collectif.
Et pis c'est début 92, que chacun arrive de son côté. Myriam
elle a ramené une fille qui s'appelle Sylvie, Jeff il m'a
ramené moi, Jérôme et Florent sont arrivés par Louis, et
Guylain était arrivé par Manu avant. On s'est retrouvés à 5,
6 à aimer le même genre de choses, c'est à dire les guitares,
la bière (rires), les jardins et la fête ensemble...
Et les verts ?
Daniel : Alors les verts, ils ont continué à venir au moins
pendant 6 mois, tous les 15 jours, pour faire leurs réunions...
Alors à chaque fois on les laissait faire leur réunion bon gré
mal gré, on se mettait dehors... Et puis comme c'était vers 6,
7 heures du soir, c'était déjà le printemps, tout ça...
Jérôme : On était un peu chauds.
Daniel : On était un peu chauds, pendant qu'ils faisaient leurs
réunions politiques nous on était en train de gueuler
"Quelle Salope" dans le jardin (rires). Et petit à
petit ils ont arrêté de faire des réunions ici.
Ils en avaient marre de vous
entendre ?
Daniel : Ben pendant la coupe dEurope, on branchait la
télé dans le jardin, bien fort, on buvait de la bière, tout
ça...
Donc c'est les verts qui vous
ont incrustés ici et vous avez viré les verts ?
Loran : Ils se sont virés eux-mêmes...
Daniel : Non, non, les verts à partir du moment où ils ont
installé quelqu'un et où y'a eu cette chaîne de gens qui se
sont installés ils s'en foutaient, eux ils venaient tous les 15
jours par là. C'était vraiment politique, c'est à dire
"on occupe une maison parce que c'est dans nos
directives...".
Jérôme : 'Faut voir aussi qu'ils sont devenus plus
respectables, plus subventionnés, et qu'ils ont pu se payer des
locaux vachement meilleurs. Et puis que ça collait plus trop
avec leur nouvelle image de parti politique...
Daniel : Moi j'ai assisté à des réunions, parce que les verts
c'étaient les moins pires que je voyait en politique, et un jour
j'ai vu un mec arriver. On s'est regardés pendant une heure et
demie, lui et moi - lui il venait pour la première fois, moi
j'habitais ici mais j'avais pas encore assisté aux réunions -
et on se regardait, nous on avait envie d'entendre parler d'eau
potable, de planète, de rue, de quartier, de jardins, de fleurs,
de trucs... Et on a entendu parler que de statistiques
politiques, de comment on pourrait faire pour que les gens votent
plus pour nous... tu vois, le mec il s'est barré il est jamais
revenu. Et puis moi ça m'a conforté dans mon idée de continuer
à foutre le bordel, et faire de la zique, et faire des trucs
avec les gamins du quartier...
Jérôme : En plus vers leurs dernières réunions on était en
plein boum de la cantina... On avait monté ce système de la
cantina, à faire des courses, et faire des bouffes pas cher - 15
balles le repas - et même si nous on était pas dans les pièces
y'avait quand même les gens qui faisaient la bouffe et ça fait
quand même un sacré raffut.
(arrivée de Myriam)
Daniel (à Jérôme) : Et donc tu disais, comment t'as eu la maison ? (rires)
Ben tiens, tu peux nous dire
où t'étais avant de venir à la Mosko ?
Myriam : Nan, c'est ma vie privée. (rires) J'ai rencontré
un peintre, qui s'appelle Manu, qui venait de Nantes, c'est
devenu mon mec, on habitait là...
Qu'est-ce que tu faisais
avant de le rencontrer ?
Myriam : J'avais 20 ans, alors pas grand chose... J'arrivais
de Londres.
T'es anglaise ?
Myriam : Non, bretonne. (rires) Et après j'ai rencontré
Jérôme et puis chuis partie en vacances et il a pris la maison.
Jérôme : Non non, tu oublies Jeff là.
Mais on est au courant...
(rires) OK, comment est-ce que vous expliquez l'orientation de la
Mosko plus vers la musique ?
Daniel : Ben comme on disait tout à l'heure, on s'est
découvert à 5 ou 6 en 92, y'avait un guitariste, un batteur
(Florent), moi je jouais de la basse... On s'est retrouvés à 3
musiciens déjà au départ, moi j'avais des potes, aussi, Ivan
notamment, et on jouait tous les jours dans le jardin, à
déconner... D'ailleurs c'est comme ça qu'on a rencontré les
gamins.
Et vous fréquentiez des
groupes, à l'époque, qu'ont une certaine notoriété ?
Loran : C'est arrivé plus tard...
Daniel : Tu veux me faire dire que les FFF sont nés ici ?
(rires) Comme on l'a lu dans les journaux ? Eh bien non !
Loran : Et les Négresses Vertes...
Daniel : Les Négresses Vertes non plus. Non non, on jouait de la
musique là, et puis dans l'immeuble à côté, à 15 m d'ici
y'avait la famille Coulibali (orthographe ?), ils sont 7 enfants.
Les Moskokids ?
Daniel : C'est devenu les Moskokids, oui... 7 enfants plus
les 2 parents dans 24m². Dès les beaux jours ils passaient leur
temps dans la ruelle, parce qu'il y a pas beaucoup de voitures
donc ils jouaient là, en bas. Et puis ils entendaient les
grattes et les adultes à côté...
Les 'beaux jours', c'est pas
comme ça que les qualifient les cons ? (rires)
Daniel : Si si, mais ils sont quand même beaux ces
jours-là, comparés aux autres...
C'est quand même la mort
d'une saison... (Jérôme se marre toujours)
Daniel : Tu vois y'a des gens qui disent 'ouais, on devrait
pas dire les beaux jours', mais il a toujours pas trouvé un nom
pour dire quand il pleut ou quand il fait beau...
Les jours sympas, les jours
chauds...
Jérôme : Les jours comme les autres.
Les jours sans
télévision... (rires)
Daniel : Voilà, donc les gamins ils entendaient chanter,
donc eux aussi ils passaient dans la rue, en chantant...
Myriam : Ils venaient avant la musique, dès le début, les
gamins.
Daniel : Ouais, ils faisaient poterie, le mercredi aussi.
Myriam : Ils dormaient dans la maison aussi des fois, quand ils
avaient plus où dormir...
Daniel : Mais on était pas là nous.
Myriam : Non mais c'est depuis qu'ils sont nés qu'ils
venaient...
Et ils habitaient où
exactement ?
Jérôme : Un terrain vague là-bas.
Daniel : Non...
Jérôme : Ah ben non, elle est toujours debout.
Loran : Juste à côté...
Daniel : On est au 16 bis, ils étaient au 18 bis. Jérôme a
commencé à leur écrire des morceaux, notamment Moskowa et Les
Mathématiques.
Qui sont sur l'album ?
Daniel : Qui sont sur l'album. Ca a été les deux premiers
d'ailleurs, avec Dalaï Lama, qu'est pas sur l'album.
Jérôme : D'ailleurs moi le Dalaï il commence à me...
Loran : Il était bien c'morceau...
Jérôme : Ouais il était rigolo mais moi les idées du Dalaï
Lama et leur philosophie en général j'en suis revenu.
Pourquoi à l'époque
t'étais bien branché bouddhisme ?
Jérôme : Non mais je trouvais que c'était une bonne
alternative... Je sais pas, par rapport aux autres religions...
Chez les bouddhistes, c'est pas du tout la même chose quoi. Mais
bon, ils ont quand même vachement d'a priori complètement
crétins sur une tonne de trucs. Sur les femmes en général. Et
quand on voit la part que prend la femme dans l'évolution de la
Moskowa, on peut pas être d'accord avec eux. (Daniel ricane)
C'est un peu grâce à elles
que vous avez emménagé...
Jérôme : Un peu, un peu ouais. C'est aussi un peu grâce à
nous qu'elles ont évolué. (rires)
Parmi les différentes formes
d'art qu'ont été représentées à la Mosko, y'avait quoi à
part la musique ?
Myriam : La peinture aussi, au début. Puis y sont partis.
Manu ?
Myriam : Manu, et puis plein d'autres, dans la maison...
Jérôme : Comme on avait fait le studio, en bas, ça jouait tout
le temps, tout le monde descendait, ça génère un état
d'esprit... Quand c'est la teuf, tu vois. Et du coup, ben y'a
plein d'autres trucs, mais y'a rien eu de marquant qu'en est
sorti... Y'a eu des délires théâtraux...
Myriam : De la couture...
Et qui était branché
théâtre et couture ?
Myriam : Moi, avec la voisine du dessus, qu'est partie.
Daniel : Et théâtre, c'était un copain à Guylain et
Manu-le-peintre.
Jérôme : Mais c'était vraiment minime, par rapport à la
zikmu, la zikmu c'était vraiment tout l'temps.
Et comment est née l'assoce
Planète Moskowa après ?
Daniel : A partir du moment où on a commencé à faire des
trucs avec les gamins, on s'est mis en assoce, c'est plus
facile...
Et ça a démarré en quelle
année ?
Myriam : 94 je crois.
Loran, t'avais pas encore
emménagé là toi...
Loran : Ben justement, c'est à partir du moment où j'ai
emménagé là que les choses se sont passées. Et effectivement,
j'avais bossé sur un festival qu'ils avaient organisé...
Y'avait qui à ce festival ?
Loran : Y'avait Lofo, Oneyed Jack...
Daniel : Human Spirit, Hoax... Dirty District...
Jérôme : Les Malaxés... (rires) Ca s'appelait comment à
l'époque ?
Loran : Les Varans.
Jérôme : Déjà ?
Les premiers Varans avaient
pas cette formation là ?
Jérôme : Non non, pas du tout. C'était avec mon frangin,
et Amid, un pote qu'avait débarqué là, je sais pas d'où il
venait...
Daniel : C'est moi.
Jérôme : C'est toi ? Tu l'avais trouvé où ?
Daniel : A travers Jenny, ma copine.
Myriam : La musique a réellement commencé à la Moskowa parce
que tous les 6 mois y fallait faire une fête de soutien pour le
quartier, pour pas qu'on soit expulsés. La première fête
c'était en 90 au talus, avec le cirque Archaos...
Daniel : 4 janvier 92.
Myriam : 92 ?
Daniel : Ouais, après l'autre fête c'était le 5 juillet 92, et
ensuite le 31 janvier 93.
Vos rapports avec
lhôpital FMR ?
Daniel : Je sais que c'est moi mais je sais plus comment...
Jérôme : Daniel cherche des femmes partout, donc là où y'en
avait le plus c'était à lhôpital FMR.
Daniel : Tout c'que je sais c'est qu'en 93, pour la fête
Martienne, y'a eu 10 groupes, et j'ai été en chercher 8 à
lhôpital FMR. Donc je connaissais tout le monde là-bas.
Y'avait déjà Lofofora ?
Loran : Ouais, premier concert de Lofofora avec la formation
actuelle, à part le guitariste, Pascal. Et le management avec
qui ils travaillaient commençait juste à travailler avec eux.
Le management avec lequel ils
travaillent encore ?
Loran : Ouais, Sriracha.
Et ça se passait où les
fêtes ?
Loran : En face. Y'avait un renfoncement...
Daniel : A l'époque y'avait un atelier de toiles cirées, qui
faisait des impers bretons, jaunes, pour les pêcheurs. Et
y'avait cet atelier un peu en renfoncement, avec deux places de
parking, donc quand ils se barraient, le week end, on utilisait
les deux places de parking pour monter une scène.
Loran : Et y'avait 500 personnes dans la rue, étalées...
Et vous aviez des tracts pour
prévenir des concerts ?
Daniel : Ouais et puis avec 8, 10 groupes, comme ça, c'est
facile...
Loran : Chacun ramène une trentaine de personnes, on va dire.
Donc y'avait pratiquement que
des connaissances, des gens du milieu ? C'était pas du grand
public ?
Myriam : Si y'en avait, y'a eu Radio Bamba (?)...
Daniel : Et la Mano Negra.
Comment vous en êtes
arrivés à les fréquenter ?
Daniel : J'ai rencontré à peu près tout le monde de la
Mano séparément... J'ai rencontré Tom (le clavier, qui fait
P18 maintenant) parce que je viens de Boulogne...
Myriam : Et Jérôme il connaissait Daniel Jamet (orthographe
???) depuis longtemps aussi...
Jérôme : Quand j'habitais avec Natacha, au dessus de chez ED,
on allait dans le même bar le matin, lui il avait Sam, moi
j'avais Noémie. On avait chacun not' bébé, on parlait de
couches.
Myriam : Et il t'a offert une gratte.
Jérôme : Ouais.
Noémie ?
Jérôme : J'avais la plus petite fille de Natacha. Dans les
pattes, quoi. Tu te lèves le matin, t'as envie de boire un jus,
t'emmènes un des mômes.
Natacha, la fameuse Natacha ?
Loran : Ah oui, on avait même monté un groupe, qui
s'appelait Les Amants de Natacha.
Daniel : Mais ça faisait un peu trop Big Band. (rires)
Jérôme : Y'avait pas de sono assez forte.
Loran : On avait réussi à faire 5 morceaux quand même.
Daniel : C'était beau comme nom quand même, Les Amants de
Natacha.
Loran : Natacha ça a une consonance quand même très
érotique...
Elle était pas mal ?
Loran : Elle est super jolie.
Elle est devenue quoi ?
Jérôme : Elle est devenue super jolie. (rires)
Daniel : Elle a vécu en Angleterre un an ou deux, elle habite
dans le sud, enfin bon... devenue quoi, elle s'est pas
transformée en arbre ! (rires)
Quelle âge elle a ?
Jérôme : Elle doit avoir 26 ans maintenant...
Tu l'as eue à quel âge ?
Jérôme : Moi je l'aie eue à 18 ans.
Elle avait 2 mômes ?
Jérôme : Ouais.
Loran, tu l'as eue à quel
âge ?
(brouhaha)
Loran : Chais même pas. En fait c'est Jérôme qu'a vraiment
vécu une histoire avec elle.
Daniel : C'est nous en fait les amants de Natacha. Lui c'est le
cocu de Natacha. (rires)
Jérôme : Nan nan nan, quand EUX ont été choisis par Natacha
pour une nuit, j'étais plus avec elle depuis longtemps. Par
contre ceux qui ont été choisis par Natacha pour une nuit alors
que j'étais avec elle...
Daniel : Ils sont morts. (rires)
Jérôme : ...j'en revois certains.
Daniel : On était partis sur FMR ?
C'est tout c'que vous avez à
nous dire sur FMR ?
Jérôme : Myriam a habité à FMR aussi. Quand elle m'a
quitté elle s'est retrouvée avec un mec à l'FMR.
Loran : Moi j'ai travaillé là-bas aussi, les Moskokids à un
moment ils ont intégré un management, à travers moi, qu'était
à lhôpital FMR. Donc c'était un des rapports, mais
personnellement je connais personne d'autre à lhôpital
FMR. J'y ai bossé pendant un an et demi et je croisais personne.
T'as rencontré personne ?
Loran : Si, mais j'leur disais bonjour et c'est tout, ça
m'intéressait pas de leur parler...
Daniel : Ah oui, et puis aussi, y'avait Ben, qu'est rentré dans
les Têtes d'Ane. Et j'connaissais Nico... C'est vrai qu'avant
d'aller à la Mosko, j'avais maquetté à lhôpital FMR,
donc en fait j'avais créé des liens là-bas. Et puis voilà,
quand on s'est installés à la Mosko et qu'on a rameuté des
groupes ils sont tous venus.
L'organisation de la Mosko,
c'est plutôt une communauté ou un endroit ou vous étiez
plutôt indépendants ? Vous mangiez ensemble ?
Jérôme : Ah ouais, on bouffait ensemble. C'était pratique,
y'avait qu'un endroit où faire la bouffe.
Daniel : Ben l'état des lieux, simplement, décrit bien le style
de vie que tu peux avoir ici.
Plutôt une communauté ?
Daniel : Ben c'est quoi l'état des lieux ? T'as un immeuble
où t'as plein de petits apparts où tout le monde dort, donc
chacun a son chez soi. Si je veux, je ferme là et chuis tout
seul pendant 3 jours, ou 3 semaines si j'veux. Et si j'ai pas
envie d'aller là-bas et voir les autres, j'y vais pas. Bon,
c'était pas du tout mon envie, mais c'est pour dire qu'y avait
pas de dortoir, quoi. Chacun a une p'tite piaule. Et là-bas,
c'est l'endroit commun... T'y vas quand tu veux.
Et personne l'a jamais fait,
vivre indépendamment, comme ça ?
Daniel : Non parce que d'un autre côté, comme c'est du
squatt et qu'on passe les apparts à qui on veut...
Quelqu'un pouvait pas arriver
comme ça et squatter sans votre avis ?
Daniel : Ben y'avait déjà du monde, mais quand quelqu'un se
barrait on mettait qui on voulait... Et on met pas quelqu'un
qu'est là juste pour dormir, et se barrer, 'faut qu'il participe
un peu...
Myriam : Si, y'a eu des hébergements provisoires...
Daniel : Oui, mais c'était provisoire, parce qu'on le savait
d'avance.
Jérôme : Et puis y'avait le système de la Cantina, donc
c'était vachement pratique, plutôt que d'te faire chier à
faire tes courses et faire ta bouffe, avoir ta gazinière et
tout... hében tout le monde allait là-bas, y'avait à tour de
rôle quelqu'un qui s'occupait de la Cantina, et pour 15 balles
t'avais une entrée, un plat... On avait même instauré - hélas
ou tant mieux - la Picola, c'est à dire qu'on achetait du vin en
gros et qu'on le vendait au prix coûtant, ce qui fait qu'on
était tous dans des états assez fracasses, mais ça rendait une
bonne ambiance.
Loran : En plus c'était eux qui tenaient la Picola, alors bon...
"ouais, on a pas 10 francs, mais... on les mettra plus
tard". (rires)
Jérôme : Ouais mais y'avait des systèmes de crédits ! Y'avait
de la bouffe pour 20, 25 personnes tous les jours, ça a même
culminé à 30, 40...
Myriam : C'était presque un restau, les gens venaient
d'ailleurs...
Loran : En fait tous les gens que tout le monde croisait,
trouvait un peu cool, on leur expliquait un peu le fonctionnement
du truc...
Daniel : S'il existait encore la Cantina, vous viendriez
probablement un soir, pour bouffer... (sympa !)
Ca a tenu combien de temps ?
Daniel : Oh, un p'tit peu, ça s'arrêtait, ça reprenait...
Et donc ça s'est arrêté
quand ?
Daniel : Ben, qui dit Cantina dit grosse vaisselle.
Loran : Et du temps aussi, beaucoup de temps, à faire les
courses, faire la bouffe...
Daniel : C'qui a déçu les organisateurs de la Cantina à chaque
fois, c'est la vaisselle et le ménage, quoi.
Jérôme : Les organisateurs ET les gens qui habitaient au
dessus. Parce que tu descends de ta piaule, bon bah tout le monde
a sa piaule, alors n'importe qui dans l'immeuble allait bouffer
à la Cantina le soir, et tu repartais fracasse t'allais te
coucher quoi. Et quand tu redescends y'a 1m50 de vaisselle t'as
pas envie de te faire un p'tit déjeuner...
Myriam : Et un biberon pour Marcello.
Daniel : C'est comme ça que tu prends l'habitude d'aller chez
Jacques.
Loran : C'était un peu un passage obligé, quand tu commençais
à habiter ici, en fait, tu passais par le 16 au départ.
C'était un peu le lit des invités, machin, on voit, quoi. Tu
gardes la maison, on voit comment t'agis vis à vis de la
maison...
Si tu fais la vaisselle, on
garde.
Loran : Y'a un côté comme ça, si tu te responsabilises par
rapport à l'endroit où t'es, ben y'a pas d'problème... (à
part) C'est vrai qu'putain, j'm'en suis tapé d'la vaisselle.
Question sympa : Y'a eu des
naissances et des décès à la Mosko ? Parmi les habitants, y'a
eu le p'tit Marcello déjà...
Jérôme : Marcello est pas né ici, il est né ailleurs...
Myriam : Oui mais c'est grâce à la Moskowa.
Il est né à lhôpital
?
Jérôme : Ouais, il est né parce qu'on s'est rencontré
ici... Oui oui, il est né à lhôpital. J'crois pas qu'y
en ait qui soient nés ici.
Non, mais pas forcément dans
les lieux, mais des naissances durant la Mosko...
Jérôme : Ouais, y'en a eu pas mal. 4 ou 5...
Daniel : Diego, Yohanna, Marcello...
Myriam : Sonia et Hugues...
Et des morts ?
Myriam : Y'a eu un mort, ouais.
Jérôme : 1 ou 2...
Loran : François.
Myriam : Paulo, et puis François.
Daniel : C'était l'ex' à Magali, une de mes copines, et on
s'est rencontrés, on était super potes... Et puis il a été
malade un an et demi, il a réussi à combattre sa maladie, il
était très seul, il avait voulu rester seul, on savait même
pas où il était ni rien... Et puis quand il est revenu, il
avait un peu besoin de voir du monde, après un an seul. Donc il
est venu ici, il s'est éclaté un an avec nous, et puis comme il
avait un tempérament assez sombre, ben un jour il a décidé
d'en finir. Ca s'est pas passé ici parce qu'il habitait plus là
à ce moment là.
Jérôme : Y'a eu un autre François aussi, qu'est venu, qu'a
joué un p'tit peu avec nous, mais il était pas de la Mosko
quoi.
Et il est mort aussi ?
Jérôme : Ouais, il a fait la même chose. Donc on craint
beaucoup pour François...
Le bassiste remplaçant ?
Jérôme : Le bassiste remplaçant.
Loran : "Le bassiste remplaçant"... Il est bassiste,
tout simplement. (rires)
Jérôme : Il va être papa là.
C'est Rébécca, sa copine ?
Et elle est enceinte, là...
Loran : Ouais.
De ?
Myriam : De François.
Non mais de combien ?
Loran : Ah ! 3 mois.
Jérôme : Une nouvelle recrue.
Et Paulo ?
Myriam : Paulo c'était le meilleur pote des Color Humano, et
il est mort du das... Un mec très généreux.
Loran : Il venait souvent, et il nous démerdait plein de trucs.
(partage en couille de la conversation, brouhaha, on comprend rien sur la cassette)
Jérôme : 'Faut dire aussi
qu'à l'époque personne venait nous faire chier avec des
questions stupides. (rires) C'était naturel...
Daniel : Y'avait une bonne ambiance, de marrage de tous les
jours, quoi.
Jérôme : C'était la déconnade, des fois y'avait 100 personnes
dans le jardin ! C'était du délire complet !
Daniel : Y'a des dizaines de gens qui sont venus filer des coups
de main avec leur caisse, pour emmener les enfants... Parce qu'y
avait toujours une smala pour aller aux concerts... On était
toujours 20, entre les 8, 9 mômes, et tous les adultes...
Jérôme : Quand on partait en concert avec les Moskokids on
était 15 ! Minimum ! Chais pas si c'est malin de dire ça, mais
on avait pas de moyen de transport...
Loran : L'estafette...
Jérôme : On avait une estafette pourrave, on était pas
assurés...
Daniel : Si, on était assurés...
Jérôme : Mais on était pas assurés pour 15 ! (rires)
Daniel : Ben non, une estafette c'est 2 places ! (re-rires)
Jérôme : Et on a été jusqu'à la mer, dans le sud !
C'est la Méditerranée.
Jérôme : Ouais, c'est ça. (rires)
Loran : Non, pas avec l'estafette...
Jérôme : Si, si... Non, ça c'était avec Bouba (?!).
Daniel : Non, mais on mettait les mômes dans les véhicules...
heu... légaux.
Jérôme : Assurés.
Daniel : J'peux très bien raconter, sans honte, comment on a
été dans le XIXème, à 13 dans l'estafette ! Et qu'on s'est
fait arrêter par deux motards !
Jérôme : Et le motard il ouvre la porte coulissante, et là y'a
Juan, qu'était raide bourré, et y'a son ballon de football qui
commence à tomber du camion... Le motard il a regardé d'dans il
a fait "c'est quoi c'trafic...". Que des p'tits blacks,
tu sais...
Daniel : Tous les mômes assis par terre... (rires) Il s'est
retourné il a fait "bon, tout le monde s'en va là, j'ai
rien vu, une petite amende pour le clignotant droit arrière mais
tout le monde s'en va à pied". Il a été cool, il aurait
pu me sucrer mon permis.
Jérôme : Tu m'étonnes...
Loran : C'était pour l'ouverture de la Flèche d'Or.
Le premier concert de la
Flèche d'Or ? C'étaient les Moskokids qui le faisaient ?
Loran : Ouais, avec les Assoiffés.
Jérôme : On a sauté un truc, aussi, quand on a fait la fête
Martienne, c'était la première fois que les Moskokids montaient
sur scène, avec quand j'étais tout seul à la gratte. Ou on
était deux, chais plus, j'étais avec Ivan peut être. Et on a
chanté un truc quasiment a capella, acoustique et tout, alors
que venaient de passer 10 groupes, quoi. Le cri de la mouche, les
Tontons, je sais plus...
Daniel : Comme on commençait à faire de la musique avec les
mômes, et qu'y avait que 4, 5 chansons, ils piaffaient
d'impatience, "nous on veut jouer aussi, nous on veut
jouer", donc ils sont montés faire leur truc acoustique, et
c'est tombé juste quand Manu (Chao) était là. Et hop, tout
d'suite il est venu me voir, il m'a fait "tiens je bosse sur
mon album" (Casa Babylon) donc il a branché les mômes pour
qu'ils viennent chanter sur La Mar Esta Pauvrida (?!)...
Jérôme : Et donc il a flashé sur les mômes, et il avait ce
morceau là, et puis il nous a filé les accords - même pas une
cassette j'crois - et nous on a bossé une semaine, un truc comme
ça, entre nous. Avec les paroles, et tout, et puis voilà,
après ils sont rentrés en studio, il l'ont enregistrée...
Bon heuuu, question
suivante...
Jérôme : Qui a la plus grosse ? (rires)
Nan, 'faut la poser à
Natacha celle-là. (re-rires)
Vous avez rencontré des gens intéressants à part
nous ici ?
Jérôme se marre : Aha, ça commence les conneries !
Daniel : Non.
Jérôme : Non. Franchement non.
A part nous, personne ?
Daniel : Ah, c'est la première fois. D'ailleurs
j'commençais à avoir les idées sombres, heureusement qu'vous
êtes arrivés. (rires)
Jérôme : Beaucoup plus haut, ouais, mais alors aussi bas
jamais, non. Ben si, y'a plein de gens qui sont passés ici...
La Mosko prenait jamais
des allures de secte échangiste ?
Jérôme : Mais non, pourquoi "secte" ?
Justement non, y'a pas de gourou et y'a pas d'apport de thunes.
Bon, y'a apport d'énergie.
Loran : La Moskowa, c'est un havre de paix et d'amour, y faut le
voir comme ça. (rires) Années 70, tout ça... Y'a des envies,
et... elles se satisfont.
Reno, des Lofo, il a vécu
ici non ?
Loran : Ouais.
Alors parles-nous z'en !
(rires)
Daniel : Allez parles !
Loran : Chais pas, j'tourne avec lui, j'fais des concerts,
voilà... Tout se passe bien... Ici j'l'ai pas beaucoup connu, il
était pas souvent là, il était déjà vachement en tournée,
donc on le voyait très peu.
Tu parles de Natacha ?
(rires)
Alors donc, Reno, à quelle époque il a vécu ici ?
Myriam : Vers 94 je crois.
Loran : Ben après la fête Martienne j'crois. Il a commencé à
connaître ici à la fête Martienne...
Ils avaient déjà sorti un
cd avec Lofo ?
Loran : Ils avaient le 5 titres je crois, ou ils étaient en
train de le faire...
Jérôme : Et puis c'était quand même connu ici pour être un
lieu où on faisait la teuf sans restriction. A part des
restrictions, euh... Pas de dope, pas de violence. En gros on a
toujours essayé de garder ça.
Et ça a bien marché ?
Jérôme : Ca a bien marché, ouais.
Daniel : Ben y'a eu quelques écarts, on a retrouvé des
conneries dans les salles de bain, mais UNE fois, quoi. Le
lendemain ça se passe plus quoi.
Et le mec, après il s'est
tiré ?
Daniel : C'était pas des mecs d'ici hein...
Jérôme : Nan mais c'est bon, quand tu débarques dans un
endroit et que tout le monde te fait la gueule, soit t'es un
crétin et tu restes, et tu finis par te faire jeter, ou t'es pas
trop con et tu t'arraches toi-même. C'est tout con, c'était
comme ça que ça marchait. Mais jamais violent. Moi j'ai pas
connu énormément de violence ici. Toujours la teuf, la
rigolade. On prenait tout à la déconnade, même les trucs
euh... graves.
Loran : Ca a failli, des fois... Y'a des gens qui nous ont
emmerdés grave, c'est ça, aussi, la loi du squatt... C'est que
les keums ils se focalisent pas du tout sur les lois qu'y peut y
avoir réellement, et c'est "t'habites ici mais moi aussi
j'veux habiter ici donc casses-toi". Et ça y'a plus d'une
fois où c'est arrivé quand même.
Jérôme : Donc ça a fini par être connu pour être un endroit
festif...
Et Manu Chao, il a beaucoup
fréquenté l'endroit ?
Jérôme : Non.
Myriam : Ses musiciens ouais...
Jérôme : Non non, mais il passe de temps en temps... C'est pas
la personne qu'est passée le plus ici.
Non, mais il vous connaît
pas mal...
Daniel : J'ai bossé 4 mois avec lui, en 94, à Madrid.
Et quand vous l'avez connu il
était déjà bien connu alors, vous l'avez pas connu avant la
Mano, quand il était avec Los Carayos, tout ça ?
Daniel : Si on veut, par coïncidence puisque j'étais de
Boulogne et lui de Sèvres, quand j'avais 14 ou 16 ans je
connaissais Joint de Culasse.
Loran : Son premier groupe...
Daniel : Parce qu'il connaissait le mec qui s'occupait de la MJC
de Boulogne.
Vous avez aussi des contacts
avec les Dirty District ?
Jérôme : Ben les Dirty c'est eux qui ont enregistré
l'album des Moskokids...
Myriam : Moi je sortais avec leur manager. (rires)
Loran : Dirty District je les connais depuis que je suis tout
jeune, c'est vraiment le groupe que j'ai suivi au niveau du rock
français. J'les croisais sur les concerts, on s'disait bonjour,
comme ça, parce qu'ils nous faisaient rentrer à tous les
concerts, comme on était les gens qui les suivaient, et après
j'me suis retrouvé à tourner avec eux.
Jérôme : C'était le meilleur groupe français du monde.
Mieux qu'la Mano ?
Jérôme : Quand ils mettaient le paquet c'était grave,
hein...
Mieux qu'les Varans de Komodo
?
Jérôme : Ah oui largement. (mon dieu qu'il est modeste)
Vous étiez en rapport avec
d'autres squatts ?
Jérôme : Ben fatalement, ouais, avec la teuf...
Loran : Dubail, les Récollets...
Daniel : ...les Cafetiers...
Loran : Pouchet... Vous avez dû connaître aussi le garage...
Daniel : le 53 (av. de St Ouen) ? Le 49 Bld Richard Lenoir...
Jérôme : On a été pendant pas mal d'années un squatt un peu
à part dans le sens où effectivement on était quand même
vachement axés sur la zikmu... et c'était un petit squatt
aussi. Les autres squatts, attention, tu rentrais c'était des
entrepôts, tu voyais le mec tout petit comme ça à l'aut' bout,
tu vois. Nous c'était pas pareil c'était des p'tites maisons...
Loran : Et y'a jamais eu ce côté bariolé qui peut y avoir dans
d'autres squatts.
Myriam : Nous on restaurait, eux ils cassaient, voilà.
Jérôme : C'est pas la question, mais bon, c'était pas de
l'affichage "nous on squatte". Tu vois ça se voyait
pas de l'extérieur à la limite, à part peut être le bruit...
Après y'a eu des tags, etc... C'était pas de l'art poubelle par
exemple, comme c'était à Beaubourg...
Loran : ...ou au grenier St Lazare...
Et de ces squatts là
lesquels tiennent encore ?
Daniel : Aucun... La Grange aux Belles.
Et c'est vers quelle année
qu'ils ont été fermés ?
Myriam : Vers 92, ouais... Mais de toutes façons c'était
toujours la même bande, ils fermaient un squatt ils en ouvraient
un autre...
Et un jour ils ont plus
réussi à en rouvrir ?
Myriam : Ben ils se sont tous rangés aussi hein...
Est-ce que vous pensez que la
fermeture de la Mosko représente quelque chose pour ce qu'il
reste du milieu alternatif ?
Jérôme : Ben juridiquement ça devient vachement difficile
d'ouvrir un squatt hein, y faut aller vachement vite... Les mecs
ils te repèrent, ils ont repéré ta façon d'ouvrir un squatt,
t'ouvres un squatt, tu te fais envoyer du courrier... Ils
anticipent hein...
Daniel : Avant les gens ils laissaient vacant. Maintenant que ça
fait 10 ans que ça squatte ils savent, dès qu'ils déménagent
ils murent.
Myriam : Ils murent, ils cassent.
Daniel : T'as aussi moins d'endroits à squatter...
Jérôme : Que ce soit la fin d'un trip, d'accord, mais c'est
peut être aussi le début d'un autre... c'est pas flippant.
Ca s'est passé comment quand
les flics se sont pointés ?
Daniel : Lundi, y'a 15 jours ?
Ben on sait pas quand
c'était hein...
Daniel : Lundi, y'a 15 jours. Lundi 12 Octobre 98. 8h47 du
matin. Ce jour là y'avait 3 personnes qui dormaient, y'en a un
qu'était parti avant, ils ont débarqué comme d'habitude avec
le commissaire, le serrurier, les flics, les déménageurs, et
les installateurs de... Parce qu'on mure plus maintenant, on met
des espèces de tôles...
Myriam : Et des alarmes.
Daniel : Et des alarmes, à l'intérieur. Donc voilà, ils sont
tout prêts. C'est à dire que dans la matinée ils te virent,
ils mettent tes affaires dans le camion, au garde meubles... Les
déménageurs virent tout, et les mecs ils ferment. Normalement
t'es censé récupérer tes affaires au garde meuble.
Vous avez été réveillés
en sursaut ?
Daniel : Ah ben ils apportent pas les cafés et les
croissants. (rires)
Pas de violence ?
Daniel : Non, ça a été. Tu sais quand t'es 3 devant 40
flics y'a pas de violence...
Jérôme : On avait un atelier dans la rue, au 33, qu'a été
démoli y'a plusieurs années, 3-4 ans...
Daniel : Le 11 Août... euh...
Myriam : 94.
Jérôme : Ils ont débarqué, y'avait 3 flics avec des
mitraillettes, tu bouges pas ! En plus, en l'occurrence, ces cons
ils se lèvent tôt, et en général dans des endroits comme ici
c'est pas le cas.
Myriam : Y'avait un mec qui dormait ils ont cassé le toit sur sa
tête.
Daniel : Si juridiquement tu peux pas lutter dans les 15 minutes
qui suivent... Si t'as ton avocat qui se précipite, qui vient en
tacot, etc, lui il peut arrêter les trucs. Et encore. Mais y
faut vraiment que juridiquement tu sois prêt, or là c'était
pas du tout le cas. Et donc voilà, ils voulaient emmener toutes
les affaires au garde meubles, et quand ils sont descendus au
studio, qu'ils ont vu tout ce matos, et puis t'avais tous les
musiciens qu'étaient là "tu touches pas à mon
matos", parce qu'il foutent tout dans le camion n'importe
comment, donc ils nous ont laissé sortir les trucs de la maison.
Donc on a tout mis dans la rue, et quand ils se sont barrés on a
tout rentré ici en dispatchant dans les appartements...
Et ensuite ?
Daniel : Ben là on passe en jugement le 4 novembre.
Et vous risquez quoi ?
Daniel : Un peu de sursis, des amendes, parce qu'on occupe
des lieux...
Loran : On risque aussi des problèmes avec EDF...
Jérôme : Le truc c'est qu'ils ont jamais modifié la loi de
réquisition populaire, qui date d'après la révolution...
Ca consiste en quoi ?
Jérôme : Ca veut dire que tous les gens qui ont été
foutus dehors, dont les maisons ont été pillées, brûlées,
machin, hében après la révolution y'a eu une loi qui a dit que
tous ces gens-là ne devaient absolument pas crever la gueule
ouverte dans la rue, parce que c'était quand même la
révolution même si c'était une révolution de bourgeois, et
que à partir de là on donnait le droit aux gens de
réquisitionner populairement des endroits qu'étaient vacants.
Et la loi existe encore. Y'a qu'un putain d'enculé de
gouvernement qu'a essayé de la supprimer, c'est les socialistes.
C'est pas passé. Donc cette loi existe toujours, ce qui explique
qu'on peut toujours pas virer les gens avant fin mars, enfin des
trucs comme ça, avant qu'il fasse beau, etc...
Daniel : Ca c'est la loi de 54, c'est l'Abbé Pierre...
Jérôme : Ca c'est l'Abbé Pierre ? C'est Guylain qui m'avait
fait un cours d'histoire là-dessus...
Daniel : Moi la loi de Napoléon que je connais, c'est que si tu
rentres dans un endroit où y'a pas de toit, si tu refais le toit
c'est à toi.
Des choses à rajouter ?
Jérôme : Est-ce que vous ça vous est venu à l'idée de
squatter ?
Ben ouais, une fois qu'on a
connu la Moskowa...
Jérôme : Et comment vous comptez vous y prendre ? (rires)
On est pas vraiment nés à
la bonne époque...
Loran : Vous êtes pas nés à la bonne époque ?
Ben on serait nés 10 ans
plus tôt ça aurait été plus facile, juridiquement...
Jérôme : 'Faut voir que toute la machine juridique, elle a
pris, elle a pris...
Rien d'autre ?
Jérôme : Moi j'ai pigé pas mal de choses au lendemain de
l'élection de Mitterand, la première fois que Mitterand a été
élu, à l'époque je fréquentais un foyer africain, j'allais
chercher ma beuh là-bas, et j'y bouffais, et c'était cool... Et
tout le monde espérait que la gauche allait passer parce que le
foyer était menacé d'expulsion. La gauche est passée, et le
lendemain ils se sont fait expulser.
Daniel : Mais le lendemain c'était pas Mitterand...
Jérôme : Et voilà ! C'est pour ça que je parlais de machine
juridique : c'est qu'y a toute une machine qui a pris le pas sur
l'humain, y'a tout un truc... La loi, le décret est passé, que
ce soit de gauche, de droite, hében le truc il a été fait, les
keufs sont arrivés, ils ont viré tout le monde. Moi chuis
arrivé, j'me rappelle plus si j'venais manger ou chercher un peu
de botanique, mais ce jour-là j'ai vraiment été cruellement
déçu de la vie parce qu'en plus j'avais voté Mitterand...
Daniel : Oh il a oublié son casque Olivier !
Jérôme : Et donc de 81 à fin 98, j'trouve que les choses n'ont
fait qu'avancer toujours dans le même sens, quoi. Et quand vous
nous posez la question "est-ce que c'est pas la fin de ceci,
ou cela", la question est un peu con dans le sens où c'est
quasiment la logique du néolibéralisme, du tout-argent, du
tout-profit... C'est tout, c'est logique, même si c'est mauvais.
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